Hommage à Marithé
Chère Marithé, chère Tante,
Tu étais le dernier maillon des oncles et tantes qui nous reliait à la génération précédente celle , pour nous cousins, cousines, de nos parents respectifs.
Je voudrais avoir une pensée pour notre mère Paulette, nous la fratrie Empeyta, qui est aussi votre tantan et la Mémé Paulette, à qui nous avions rendu un dernier hommage ici même il y a 16 ans déjà .
Notre première rencontre avec toi Marithé remonte autour de l’année 1960, avec mon frère Maurice nous étions en pension à Ponçin dans l’Ain, tu étais venue accompagnée d’un jeune homme, le tonton Lili, (nous n’avions que 12 et 14 ans d’écart), il était au volant d’une 203 noire, achetée en commun avec son frère jumeau Jo. Vous nous aviez emmenés au village déguster une glace ou prendre une boisson avec un gâteau, c’était une belle surprise nous qui n’avions pas de visite régulière car notre mère séparée s’occupait aussi de nos deux sœurs Michèle et Gisèle qui se trouvaient elles aussi dans une autre pensionnat, à Chamagnieu dans l’Isère.
Je me souviens d’être passé dans l’appartement que tu occupais avec ton frère Gilbert, vous viviez ensemble depuis la disparition de vos parents, il était le nouveau chef de famille, te protégeant et assumant en partie le quotidien. Il est resté de cette vie en commun une complicité silencieuse notamment lors des réunions de famille. Tu m’avais montré des disques 33 tours de Mahalia Jackson, d’Ella Fitzgerald que tu écoutais sur un électrophone Teppaz, tu étais une jeune femme moderne qui sortait avec ses amies...sinon comment aurais-tu rencontré le tonton Lili !
Il y eu ensuite votre mariage à la mairie des Gratte-Ciel à Villeurbanne, sur la photo générale, sur les marches du grand escalier extérieur, je me revois avec mon frère Maurice arborant un magnifique gilet à manches courtes en skaÏ noir, sur une chemise blanche, la classe !
Puis il y eu la noce dans un restaurant de Marcy l’Etoile, un petit village paisible des environs de Lyon, à l’époque.
Je me souviens, quelque temps plus tard, vous rendre visite dans votre petit appartement de la rue des Rancy ou rue Louis Blanc, où tu donnais le bain à Françoise, une grande bassine posée sur l’évier; la vie familiale et professionnelle prenait son essor.
Les années passant, vous habitiez une belle villa à Fontaines St Martin, dans le secteur de celle du tonton Jacky et de la tatan Paulette, en compagnie de la cousine Ghislaine.
Il y avait un contraste entre toi et l’oncle Lili que l’on percevait de suite : Lui, aimait occuper le devant de la scène à toute occasion, avec sa stature, sa forte voix qui portait, et sa parole facile et incessante (il était difficile d’en placer une...« laisse parler » disais-tu souvent quand on se voyait), il était aussi directif et impatient, un vrai commandant !
Toi, tu avais pris le parti d’être en retrait, discrète, calme, aussi réactive aux moments opportuns, mais également tu as appris à devenir autonome en étant la gardienne du foyer, des cousines et de la maison car il fallait bien que tu sois présente quand Lili partait les lundis de bon matin sur la route rejoindre le chantier qu’il gérait et dirigeait avec sa fougue habituelle : on avait à faire avec le tonton Jacky aux « as de la démol » avec les risques et conséquences inattendues : sinus endommagés par la poussière, rate éclatée à la suite d’une chute entrainant une hépatite C après transfusion et une détérioration de sa santé.
J’accompagnais souvent ma mère qui aimait garder le contact avec ses frères et sa sœur Suzanne, pour vous rendre visite et le tonton Lili nous proposait régulièrement de nous retenir à diner en te pressant de sortir les restes de plats de midi ou de préparer quelque chose et en réponse au ton directif tu fais des « Oooh » en t’exécutant en cuisine.
Je sais que tu portais de l’attention aux animaux domestiques dont tu t’occupais avec bienveillance qu’il s’agisse des chats ou des chiens, des bergers allemands notamment, et ils te le rendaient par leur proximité affectueuse.
L’un des chiens qui s’appelait Lork, quand je te faisais remarquer son museau très allongé tu avais un petit rire d’amusement, une réaction courante face à une anecdote, un fait d’actualité, actualité dont tu faisais peu de cas en général ou une plaisanterie comme par exemple quand on charriait Lili sur sa coiffure, tu en profitais avec nous pour pouffer un peu.
Tu as suscité notre admiration, pendant ces dernières années sans ton Lili, en montrant toute ta résilience pour continuer ton chemin : tu t’es fait de nouveaux amies, tu as participé à des activités collectives même un voyage en bus et surtout ton courage face à la maladie, sans plainte excessive.
Marithé repose en paix,
je, nous te souhaitons de retrouver tes parents, Gilbert et ton Lili au cours de ce nouveau voyage dont le mystère nous échappe.
Pour consolation, afin d’apaiser nos pensées, nos sentiments et émotions qui nous troublent, je voulais rappeler quelques lignes d’un texte très ancien de l’Inde :
« Il n’y a jamais eu un temps où nous n’existions pas, toi et moi - (nous tous ici présents) et il n’y aura jamais un moment où nous cesserons d’exister. »
Gillou, ton neveu.